Yannick Alléno ouvre une association en hommage à son fils : avec sa famille, ils aideront les jeunes victimes d’actes de violence

Après un deuil difficile suite à la perte de leurs fils, les parents d’Antoine Alléno ont voulu rendre hommage à celui-ci en créant une association.

C’est à ce feu rouge, à l’angle de la place de la Résistance et de l’avenue Bosquet, tout près du pont de l’Alma que tout s’est arrêté.

Dans la soirée du dimanche 8 mai, alors qu’il roulait sur son scooter, Antoine Alléno, fils du chef multi-étoilé Yannick Alléno, rendit brutalement son dernier souffle après avoir été violemment percuté par une voiture volée dans le 7e arrondissement de Paris.

Le conducteur du véhicule a directement pris la fuite, mais a fini par être arrêté par un policier hors service.

Selon les informations, l’auteur du drame est un jeune homme de 25 ans connu des services de police et, ce soir-là, une fois de plus, il était totalement ivre au volant de la Audi RS6 qu’il avait volée.

Aucun parent ne devrait avoir à faire le deuil de son enfant et après un long silence, le père de la victime a fait confidences bouleversantes.

« Je ne suis pas sûr de vouloir considérer ce qui s’est passé le 8 mai comme un accident. Pour moi, c’est un crime. Quelqu’un a tué notre enfant », dit-il.

Mais face à sa douleur, le chef étoilé a décidé de mettre son chagrin au service d’une cause importante afin de rendre un hommage digne de ce nom à son fils en créant …

Une association en aide aux autres parents

“Après la perte d’Antoine, mes proches et moi avons découvert un monde inconnu, brutal, marqué par une déshumanisation difficile à vivre”, a déclaré le père de famille.

Plus de quatre mois se sont écoulés depuis cette grande tragédie, mais leur douleur ne vieillit pas. Après tout, on ne se console jamais de la mort d’un enfant.

Toutefois, ils ont décidé de transformer leur douleur en une force d’action positive en créant l’Association qui porte le nom d’Antoine : l’Association “Antoine Alléno”.

Apparemment, c’est pour eux le moyen le plus efficace de rendre hommage à leur fils, car c’était sa nature d’aider les autres.

Yannick Alléno espère, grâce à l’association, pouvoir aider les familles, les accompagner et les soutenir, même dans les démarches administratives.

L’objectif est d’offrir aux familles un soutien moral, psychologique et financier dont elles ont besoin pour qu’aucune d’entre elles n’ait à devoir faire face, seule, à la mort d’un enfant.

L’association

 collecte des fonds afin de ne pas dépendre des financements de l’État, « pour rester libre ».

Plusieurs événements ont eu lieu, avec des dîners de collecte de fonds organisés par de grands noms du monde de la cuisine, comme Hélène Darroze ou Christophe Bacquié, et un dîner de charité organisé à Monaco pour les amateurs de vin.

“Antoine était le plus grand homme de notre vie. Aujourd’hui, je veux que cette association contribue à la construction d’un monde meilleur dans lequel nos jeunes, qui se battent pour construire leur vie, soient préservés. Je veux éviter que nos jeunes disparaissent tragiquement dans des conditions qui n’auraient jamais dû se produire”,

a déclaré Yannick.

Interrogée sur les poursuites judiciaires engagées contre le chauffard, la mère d’Antoine a confié qu’elle refusait de penser à lui, ou de prononcer son nom. Apparemment, ils préfèrent mettre leur énergie dans quelque chose de positif pour que personne n’ait à vivre ce qu’ils ont vécu.

Ils ont notamment évoqué le lancement officiel de l’association caritative au nom de leur fils mais également un autre grand projet : le restaurant Burger Père & Fils, à Paris, qu’Antoine avait créé avec son père et repris.

Pour ce qu’il en est de la personne responsable de ce drame, il est toujours en détention, en attendant le procès. Il est déjà assuré de deux autres peines qui figuraient déjà sur son casier judiciaire, six et trois mois de prison, qui viendront s’ajouter à une décision de justice qui s’annonce d’une sévérité impartiale.

Une solidarité incroyable

Thomas Alléno (le frère d’Antoine) raconte qu’après le drame, le personnel de cuisine s’est « serré les coudes ». En dépit de l’absence du chef, ils ont tenu à rester malgré tout. Anissa, le second d’Antoine et passagère du scooter, blessée dans la collision, est devenue la cheffe.

Apparemment, elle aurait demandé à Yannick Alléno d’avoir la chance de continuer ce qu’avait leur fils.

Après tout, Antoine n’a jamais abandonné malgré les multiples échecs qu’il avait essayé auparavant. Donc, il n’était pas question d’arrêter tout ce qu’il avait construit.

« Il était très fier de notre nom mais ne l’a jamais utilisé comme un passe-droit. Au contraire, il voulait exister et être reconnu pour ses propres mérites. Il a toujours donné de sa personne”,

ajoute Thomas.

“Antoine était un bon gars, il était travailleur et généreux : le soir du drame, il était là car il raccompagnait son second Anissa. Comme tous les soirs après le service, même si ce n’était pas sur son chemin et que ça lui rajoutait du trajet. Il était vraiment généreux. Si un des laveurs de vaisselle avait besoin de 200 euros, il les prenait sur son propre argent »,

ajoute son père.

Pour rendre hommage au jeune chef, une plaque commémorative a été dévoilée à Beaupassage, dans le septième arrondissement, ce mardi. Un mémorial en son honneur.

Des confidences bouleversantes

Interrogée par Paris Match, la chef qui a remplacé Antoine et qui était présente au moment de l’accident s’est confiée les quelques secondes précédant le drame. Ce soir-là, le jeune homme avait la joie de vivre, comme à son accoutumée. Garé devant ce feu rouge, le jeune chef était heureux et chantonnait avant que tout ne bascule.

“J’ai vu mon fils sur le trottoir, donc c’était extrêmement douloureux. Vous rentrez dans une période après le décès d’un enfant, un monde qu’on ne connaît pas”,

déclare Yannick.

Apparemment, quand un drame pareil vous arrive, malgré tout le soutien dont vous avez la chance de bénéficier, vous découvrez un monde hallucinant.

Selon ses dires, ils se sont retrouvés confrontés à une déshumanisation difficile à vivre. Il est notamment revenu sur un souvenir glaçant le lendemain de l’accident de leur fils. Visiblement, à l’hôpital ils étaient seuls. Sans rien.

“La nuit du drame, nous sommes arrivés à l’hôpital de ­l’Hôtel-Dieu, à Paris. Une pièce glauque, avec une chaise déglinguée. On nous a tendu un bout de papier, le contact d’une personne au cas où on aurait besoin de soutien psychologique. Et puis c’est tout. […] Le lendemain, vous voulez voir votre enfant. Ça se passe à l’institut médico-légal, un bâtiment sordide derrière la gare de Lyon. Tu vois ton môme derrière une vitre »,

a-t-il raconté.

Dans leur cas, on a pu nous restituer le corps d’Antoine en trente six-heures. Certaines familles, elles, ont attendu trois semaines. “Ce n’est pas possible”, dit Yannick.

La compagne du chef étoilé, Isabelle, s’est néanmoins souvenue d’une rencontre avec une dame formidable de gentillesse et d’écoute venue les réconforter.

« Elle a eu une expression assez jolie. Il n’existe pas de mot dans le dictionnaire pour qualifier les parents qui perdent un enfant. Elle nous a dit : ‘Désormais, vous êtes des “paranges”’. Des parents avec un ange… »,

poursuivit Yannick Alléno.

Ces quelques mots, certes, ne permettent pas de surmonter l’insurmontable, mais ont permis au moins d’apporter un peu de réconfort dans un moment d’impuissance.